Sud Quotidien
Des feux rouges brisés, des pneus et des véhicules incendiés, des ordures ménagères versées partout sur les chaussées, une odeur âcre de grenades lacrymogènes rend l'air irrespirable. C'est dans cette atmosphère très lourde que Dakar a vécu la journée d'hier, mercredi 21 novembre.
jeudi 22 novembre 2007
La capitale sénégalaise a été assiégée par des marchands ambulants qui manifestaient leur colère face aux mesures de déguerpissement décidées récemment par la plus haute autorité de l'Etat pour faire de Dakar “une ville moderne” , selon les propres termes du chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade.
Dakar brûle ! Les marchands ambulants ont tout simplement assiégé la capitale sénégalaise à leur manière. Mécontents certainement des mesures prises récemment par l'Etat de les déguerpir des artères du centre-ville, ils sont spontanément sortis dans la rue pour manifester leur colère, brûlant des pneus, incendiant des poubelles, déversant sur la chaussée les sachets en plastique contenant les ordures ménagères, etc. En l'espace de quelques minutes, toute la ville de Dakar avait l'image d'une ville en flammes. Les nuages de fumées s'élevaient de partout. Et les populations riveraines, sans se faire prier, entraient spontanément dans la danse pour décrier leur ras-le-bol.
“Dafa diot !“ Il était temps, lance une dame, le dos bien ceinturé par un foulard. “Nous sommes fatigués. Nous n'arrivons plus à joindre les deux bouts. Nous avions beaucoup d'espoir avec Wade. Mais depuis son accession à la tête de l'Etat, la situation économique et sociale s'est gravement détériorée. Ce qui le préoccupe, lui, c'est de construire des routes. Or, celui qui n'a pas de quoi nourrir ses enfants n'empruntera jamais ces auto-routes à péage“, renchérit un autre manifestant. Surexcités par la présence des caméras, certains jeunes se déchaînent. “Nous sommes des transporteurs. Je veux que vous sachiez que le sucre que nous produisons ici au Sénégal est vendu à 450 F Cfa au Mali contre 650 F Cfa chez nous. Pourquoi ? Le gaz transitant par Dakar coûte 2100 F à Bamako contre 2700 F chez nous. Pourquoi ? Lu tax ?“ s'exclame un apprenti de car rapide, avant d'être porté comme un héros par l'assistance. Pourtant le pare-brise de son autocar portait des stigmates des pierres balancées par des manifestants.
La Sénélec de la Médina mise à sac
Un autre marchand ambulant embouche la même trompette. “Ce que je ne comprends pas, c'est le moment choisi par l'Etat pour nous déguerpir. Nous sommes à quelques jours de la fête de la Tabaski. Et c'est le moment où jamais de tout faire pour gagner quelque chose afin de pouvoir fêter comme tous les autres musulmans. Aujourd'hui comment allons nous faire, en tant que musulmans, pour acheter un mouton et habiller notre famille“, s'interroge-t-il.
En plus des propos très amers tenus par certains manifestants, d'autres se sont livrés à des actes de vandalisme. C'est ainsi que plusieurs véhicules de transport en commun ont été saccagés. Des passagers pris de panique par la furie des jeunes, armés de pierres et de gourdins, n'ont pu arriver à leur destination. “Certains ont pris la fuite sans récupérer leur monnaie“ témoigne un apprenti. Le centre-ville était devenu inaccessible. Pour joindre le marché Sahm situé à quelques encablures de l'hôpital Abbas Ndao, les chauffeurs étaient contraints d'utiliser des itinéraires inhabituels. La Rue 6 et l'Avenue Blaise Diagne étaient jonchées de pierres et de pneus en flammes. C'est face à une telle situation qui a frôlé le chaos que des manifestants se sont infiltrés à l'intérieur de la Sénélec de la Médina. Après avoir saccagé la devanture des locaux, d'autres en ont profité pour dévaliser les caisses de quelques guichets ouverts pour le paiement des factures d'électricité, déclare un témoin qui soutient n'avoir jamais vécu de telles scènes de pillages. “Je suis là depuis le temps de Senghor, mais je n'ai jamais vu de telles scènes de vandalisme ». Devant de tels débordements, certains commerçants avaient décidé de baisser les rideaux.
Débordés, les policiers ont été secourus par le Groupement mobile d'intervention (Gmi). Armés de matraques et de grenades lacrymogènes, ils ont fini par disperser les manifestants très déterminés à en découdre avec les autorités coupables, selon eux, de la situation de crise que traverse le pays. Tout en désapprouvant ouvertement la fermeté du Président Wade sur le désencombrement des rues, ils ont qualifié ce qui passe au Sénégal d'inacceptable.
Abdoulaye THIAM
http://www.homeviewsenegal.sn/spip/spip.php?article736


